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4 mai 2021

Les visages de la participation (1/3) : Jakeline Bourdin

À l’approche du Printemps de la participation, nous vous proposons une série d’entretiens pour découvrir celles et ceux qui s’investissent chaque jour pour faire vivre et développer les pratiques participatives !

Aujourd’hui, entretien avec Jakeline Bourdin, déléguée du Conseil Régional des Personnes Accueillies/Accompagnées (CRPA) de Nouvelle-Aquitaine depuis 2014, une instance permettant aux premier.ère.s concernées de participer à la lutte contre la précarité. Elle nous partage les raisons de son investissement dans ces pratiques participatives.

Quelle a été l’expérience qui vous a convaincu de vous investir dans une instance participative ?

Ma première expérience remonte à 2010. J’étais hébergée dans un foyer pour femmes de l’association “Revivre Frédéric Ozanam” dans lequel j’avais eu l’opportunité de “remettre ma vie en place”. La directrice de la structure souhaitait que des personnes accompagnées et accueillies participent à des réunions destinées à nous donner la parole. Mon référent m’a demandé si ça m’intéressait, je lui ai répondu : « pourquoi pas, mais je ne sais pas trop ce que j’aurais à dire, parce qu’aujourd’hui je pense que tout le monde s’en moque de ce qu’on a à dire ». Je suis allée à une première réunion, puis une deuxième et j’ai eu le sentiment qu’on était entendu, écouté et ça m’a fait du bien. J’ai continué à aller à ces réunions régulièrement, puis en 2011, j’ai participé à une plénière CRPA. Je n’étais pas convaincue au départ, je l’ai d’abord fait par curiosité et au final j’ai réalisé qu’il y avait plein de choses à faire valoir à travers ces pratiques.

Comment prend forme la participation au sein du CRPA ?

Aujourd’hui on est 6 délégué.e.s. En temps normal, on se réunit tous les trimestres en plénière pour échanger sur un thème choisi. On prépare ces moments en amont : on se concerte sur le message que l’on veut porter, on recherche et invite des intervenant.es qui ont de l’expertise sur le thème choisi et qui pourront apporter leur contribution, et chacun.e des délégué.e.s participe à la préparation de salle. On fait tout en concertation ! À la fin de la plénière on rédige des recommandations destinées au ministère en charge de la thématique traitée. Dernièrement on l’a fait sur la précarité alimentaire car depuis le début de la crise sanitaire les prix se sont envolés et il y a un manque de solidarité de la part du gouvernement alors que beaucoup de personnes n’ont pas les moyens de suffisamment manger.

En quoi les structures participatives comme les CRPA sont-elles importantes ?

Les médias ne montrent pas la réalité des personnes en grande précarité. Le vrai quotidien de ces personnes, ce n’est pas ce que le monde veut entendre. C’est bien que le CRPA et toutes ces instances donnent la parole à celles et ceux qui ont vécu le plus dur et qui ont des choses à partager pour avancer. C’est ça la force des CRPA, c’est de pouvoir dire cela tout haut et tout fort, même si on sait qu’on ne sera pas toujours entendu.

Y a-t-il eu des avancées concrètes directement liées à cette approche participative ?

Dernièrement, le gouvernement nous a beaucoup consulté sur la stratégie pauvreté et le revenu universel. On a aussi été sollicité pour des appels à projet visant à distribuer de l’argent sur des sujets tels que l’accès au numérique ou la lutte contre la précarité alimentaire. On était très satisfait, cela nous a donné le sentiment qu’au fil du temps, on nous écoute de plus en plus, même si nous n’avons pas toujours de réponses sur les nombreuses recommandations que nous leur faisons.

De quelle manière la crise sanitaire a-t-elle impacté le fonctionnement du CRPA ?

Au début du premier confinement, on ne pouvait ni se voir ni se contacter car nous n’avions pas les moyens d’avoir un ordinateur et le wifi. Même après, c’était difficile car on vit tous dans des endroits différents et nos réunions étaient annulées à cause des restrictions de déplacement. Et surtout, au démarrage de la crise, on n’avait ni masque ni gel hydroalcoolique, alors même quand le premier confinement a été levé, on n’a pas pu sortir de suite. Il a fallu qu’on passe par le CNPA pour trouver une solution. Ils ont appelé le ministère de la Santé pour qu’on puisse avoir des masques.

Grâce au budget du CRPA, on a finalement pu se procurer un ordinateur portable et une connexion internet. À partir de ce moment on a pu se connecter et organiser des réunions à distance. Même si ça n’a pas le même charme, c’était super de pouvoir se retrouver car pendant le premier confinement on s’est senti abandonné et isolé. Ça nous a donné envie de se voir plus souvent et depuis on fait des réunions tous les quinze jours. Ça nous a aussi permis de faire des réunions avec les délégué.e.s des CRPA des autres régions du coup on partage encore plus et on réalise que partout en France on rencontre les mêmes difficultés et on mène tous le même combat.

Qu’est-ce que la participation au sein du CRPA vous a-t-elle apporté personnellement ?

Après avoir été hébergée, lorsque je suis retournée à une vie « normale », je me demandais comment j’allais gérer ça. J’avais perdu le goût de la vie et je n’avais plus confiance en moi. Ces réunions, ces entretiens, ces rencontres m’ont convaincu qu’il y avait plein de choses à faire. Il y a une solidarité intense entre délégué.e.s du CRPA, et les rencontres que j’y ai faites se sont transformées en de réelles amitiés. Ça a donné du sens à ma guérison et m’a donné l’énergie pour vivre une nouvelle vie alors que je n’étais plus toute jeune.

Pour conclure, comment définiriez-vous la participation en une phrase ?

La participation, c’est avant tout une question de solidarité et d’humanité. Avec mes collègues des CRPA et du CNPA on partage cette même devise : « on ne lâche rien et la solidarité et l’humanité l’emporteront ».

Propos recueillis par Robin Woreczek