Tribune | 26 août 2026

Tribune | Baromètre 2026 – Pascal Brice et Adeline Hazan

Enfants à la rue : histoire d’un renoncement politique  Par Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France, et Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité  En 2017, Emmanuel Macron s’engageait à « apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont sans abri ». En 2022, son gouvernement renouvelait cet engagement avec

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Enfants à la rue : histoire d’un renoncement politique 

Par Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France, et Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité 

En 2017, Emmanuel Macron s’engageait à « apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont sans abri ». En 2022, son gouvernement renouvelait cet engagement avec un nouvel objectif : « zéro enfant à la rue ». Depuis, cette promesse résonne comme l’aveu d’un échec politique majeur. 

À la veille de la rentrée scolaire 2026, 2 355 enfants se retrouvent sans solution d’hébergement après un appel au 115, contraints de vivre à la rue [1]. Parmi eux, des nouveau-nés. Année après année, leur nombre augmente et l’écart se creuse entre les discours politiques et la réalité. 

Les associations, élus locaux et citoyens engagés ont pourtant alerté et documenté sans relâche les conséquences dramatiques du sans-abrisme sur la vie et le bien-être de ces enfants : atteintes à la santé physique et mentale [2], malnutrition, développement entravé, ruptures scolaires, isolement social, insécurité permanente, exposition aux violences. 

Les enjeux sont immenses pour l’avenir de ces enfants et pourtant, les réponses apportées sont largement en deçà des besoins. Les différentes éditions du baromètre « Enfants à la rue » – de l’UNICEF France et de la FAS – sont le reflet de la crise structurelle de l’hébergement et du logement dans laquelle nous nous enlisons. 

Le sans-abrisme des enfants n’est pourtant pas une fatalité. Il est le résultat de renoncements politiques répétés et de choix court-termistes, en contradiction avec les objectifs affichés : délaissement progressif du logement social, accélération des expulsions, sous-dimensionnement du parc d’hébergement d’urgence et sous-budgétisation des moyens dédiés, persistance de la gestion au thermomètre, recours accru aux nuitées hôtelières, etc. Autant de choix, d’insuffisances et de renoncements qui anéantissent l’atteinte de l’objectif « zéro enfant à la rue », maintiennent – voire précipitent – des enfants dans l’extrême pauvreté et fragilisent les acteurs du secteur. 

Aujourd’hui, nous refusons que cet engagement rejoigne la longue liste des promesses politiques abandonnées sitôt formulées. 

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, aucun candidat ne devra faire l’impasse sur les enjeux relatifs au logement et à la lutte contre la pauvreté. Le sans-abrisme des enfants n’est pas un angle mort technique réservé aux spécialistes de l’urgence sociale. Il constitue un révélateur puissant de l’état du contrat social et de la place que nous accordons réellement aux enfants. 

La question est simple : si, dans un pays aussi riche que la France, garantir un toit à tous les enfants n’est pas notre priorité collective, à quelle société appartenons-nous ? 

Des solutions existent et sont connues. Elles supposent une volonté politique constante et des investissements à la hauteur des enjeux. Il faut augmenter le nombre de places d’hébergement. Mais cette mesure seule ne suffira pas à résoudre la crise. Nous demandons une programmation pluriannuelle « de la rue au logement » prévoyant, entre autres, une production massive de logements sociaux. 

L’inaction publique que nous observons aujourd’hui coûtera toujours davantage que des politiques structurelles ambitieuses sur le plan humain, social et financier. 

Au-delà des chiffres et des baromètres, il y a des enfants dont l’enfance se construit dans l’errance et l’insécurité. Des enfants à qui la République a promis protection mais qu’elle laisse pourtant dormir dehors. Aucune démocratie ne devrait s’accommoder de leur abandon. Il en va de notre responsabilité collective. 

[1] FAS, UNICEF France, Baromètre « Enfants à la rue », 2026.  

[2] UNICEF France, Samusocial de Paris, Grandir sans chez-soi – Quand l’absence de domicile met en péril la santé mentale des enfants, 2022. https://unicef.hosting.augure.com/Augure_UNICEF/r/ContenuEnLigne/Download?id=69C83A47-32F2-4B2D-BF5F-0A7546D9AE80&filename=HD_WEB_Rapport_SAMU_UNICEF_2022-pageapage.pdf