09 avril 2026
19 mars 2026
La première année de déploiement du projet MAAA’elles-volet 2 confirme toute la pertinence d’un accompagnement croisant genre, précarité et addiction.
Fortement mobilisées, les équipes engagées dans le dispositif soulignent une évolution de leurs représentations, amorçant des transformations profondes tant dans leurs pratiques que dans l’organisation des structures. Cette dynamique, particulièrement riche, témoigne d’une réelle capacité d’adaptation et d’un engagement collectif à mieux répondre aux besoins des femmes en situation de grande vulnérabilité. Une autre manière de regarder, d’écouter et d’accompagner semble ainsi émerger.
L’un des apports majeurs du projet réside dans l’évolution des postures professionnelles. Les équipes témoignent (via un questionnaire en ligne dédié) d’une attention accrue au rythme des personnes, étayée par une meilleure connaissance des vécus et des besoins spécifiques des femmes accompagnées. Leur connaissance des addictions et des principes de réduction des risques s’est également renforcée, en lien avec le développement de partenariats avec le secteur de l’addictologie.
L’autorisation encadrée des consommations d’alcool, mise en œuvre dans certains dispositifs, illustre ce changement de paradigme. Elle favorise un accompagnement plus ajusté, contribue à réduire les risques, à déstigmatiser les usages et à ouvrir des espaces de parole.
La prise en compte du genre constitue un pilier central du projet, mettant en lumière le manque d’espaces réellement pensés pour les femmes.
Les actions déployées – temps en non-mixité, ateliers d’expression ou autour du prendre soin, groupes de paroles, espaces d’intimité – ont permis aux femmes concernées de sentir davantage reconnues, accueillies mais aussi légitimes dans leur vécu. Coconstruits autant que possible avec elles, ces espaces ont favorisé l’expression des émotions, la formulation de demandes et parfois des avancées concrètes dans les prises en charge : accès à l’hébergement ou au logement, démarches administratives, engagement dans l’accompagnement… ces résultats et ces moments, toutefois encore fragiles, confirment la nécessité de maintenir et renforcer des approches différenciées adaptées aux réalités des femmes concernées.
La question de la santé mentale, et plus particulièrement des liens entre psychotraumatisme et addiction, a également traversé cette année et concerne chacune des équipes impliquées.
Certaines expriment avoir initier des actions plus coordonnées avec leurs partenaires autour de ces enjeux, au travers d’échanges interprofessionnels par exemple. Pour quelques structures, cela a ainsi permis d’amorcer des réflexions et pratiques plus coordonnées. Pour autant, cette question demeure un défi important qui dépasse le cadre du projet : saturation des dispositifs, cloisonnement entre psychiatrie et addictologie, manque de ressources et de professionnel.le.s, défaut de formations (que ce soit des professionnel.le.s du champ social à ce sujet ou de ceux du champ de la santé sur la précarité) amènent les acteurs de la veille sociale à prendre en charge des personnes dont les situations dépassent leur champ de compétences, ce qui peut les laisser démunis. Ainsi, ces limites structurelles peuvent-elles freiner la mise en œuvre d’un accompagnement réellement intégré et inclusif.
En dépit de cela et des autres difficultés rencontrées – temporalité du projet, mobilisation fluctuante des femmes accompagnées, contraintes organisationnelles, non-financement d’actions de formations dans le cadre du projet, la dynamique demeure largement positive, portée par l’investissement précieux des équipes et les effets bénéfiques des actions conduites. Cela nous permet de dégager des orientations pour la poursuite du projet (celui-ci se terminant en aout 2026). Renforcement et adaptation des partenariats avec le secteur de l’addictologie et de la santé mentale, sensibilisation et outillage, maintien et essaimage d’espaces et temps dédiés aux femmes, poursuite des expérimentations de réductions des risques, réflexion autour du travail pair et de la pair aidance… sont autant d’objectifs qui portent les structures et dispositifs de la veille sociale impliquées dans le projet MAAA’elles – volet 2.
En définitive, MAAA’elles-volet 2 semble répondre pleinement aux objectifs fixés, faisant émerger des pratiques plus inclusives, plus attentives et adaptées aux réalités et besoins des femmes en situation de précarité présentant des conduites additives. Il témoigne aussi du fait que lorsque les équipes sont outillées, soutenues, engagées dans une réflexion commune, des évolutions sont possibles.
L’enjeu réside alors dans la pérennisation de cette dynamique et des actions qui en découlent pour que les expérimentations parviennent à transformer résolument les modes d’accompagnement – sans s’essouffler. MAAA’elles-volet 2 nous rappelle ainsi la nécessité de soutenir durablement les équipes qui, au quotidien, œuvrent auprès des personnes en situation de précarité, étayés d’une offre pérenne de sensibilisation et de formation et de l’action de partenaires spécialisés eux-mêmes au fait des enjeux liés à la précarité.
