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10 février 2026

Hébergement chez des tiers (Hebtiers) : rendre visible une précarité invisible

L’enquête de l’Observatoire du Samusocial de Paris nommée Hebtiers (Être hébergé∙e chez des tiers et recourir aux services d’aide en Île-de-France), met en évidence l’ampleur du recours à l’hébergement chez des tiers parmi les personnes en grande précarité en Île-de-France. Cette forme d’hébergement, située entre logement ordinaire et sans-domicilisme, échappe largement aux catégories statistiques et demeure insuffisamment prise en compte par les politiques publiques. 

Près de la moitié (49,5 %) des personnes fréquentant les accueils de jour franciliens et ayant connu une situation de sans-domicile au cours des douze derniers mois ont été hébergées chez un tiers.  

Comme le montre aussi les résultats du baromètre des enfants à la rue (UNICEF/FAS), ce mode de mise à l’abri est répandu chez les usagers et usagères du 115. Cependant, les personnes hébergées chez des tiers ne sont pas considérées comme prioritaires pour une prise en charge institutionnelle, voire sont renvoyées vers leur réseau dans un contexte, persistant, de forte pénurie de places d’hébergement. Les conditions de vie sont rarement questionnées lors d’un hébergement chez un tiers, au point que celui-ci constitue une sorte de « boite noire » tant il est à la fois central et invisibilisé. 

Loin d’être une solution stable, ce mode d’hébergement s’inscrit dans des parcours résidentiels discontinus, marqués par des allers-retours entre rue, hébergement institutionnel et solutions informelles. 

Les conditions de vie associées sont souvent précaires : promiscuité, instabilité, dépendance vis-à-vis de l’hébergeur et dégradation de l’état de santé. L’approche genrée de l’enquête souligne des risques spécifiques pour les femmes, plus exposées aux violences, aux contreparties implicites et à des situations pouvant relever de la traite des êtres humains. 

Ces constats rappellent que l’hébergement chez des tiers ne peut être considéré comme une réponse durable à la crise du logement. Sa reconnaissance et sa prise en compte sont indispensables pour mieux protéger les personnes concernées et renforcer les politiques d’accès au logement et d’accompagnement. 

→ Lire le rapport

Pour citer ce rapport : Lebugle Amandine, Pisarik Jacques, Eloy Pierre, Garcin Elsa, Malbrel Juliette et l’équipe de l’enquête Hebtiers (2026), Enquête Hebtiers. Être hébergé∙e chez des tiers et recourir aux services d’aide en Île-de-France, rapport de l’Observatoire du Samusocial de Paris, 250 pages.