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19 février 2026

« Partageons l’amour, pas l’indifférence » : paroles croisées des acteur·ices de terrain

Le 14 février dernier, une vingtaine d’associations lilloises se sont réunies pour rappeler que l’amour passe aussi par la solidarité et le partage. À l’initiative de la FAS Hauts-de-France, ces structures d’aide aux personnes sans-abri ont organisé une Saint-Valentin solidaire, dans le but de briser les préjugés sur les personnes en situation de précarité ou vivant dans la rue. Organisée pour la troisième année consécutive, cette rencontre solidaire s’est également tenue à Valencienne et Rouen.

Pour l’occasion, les personnes accompagnées ont préparé des petits cadeaux qu’elles ont offerts aux passants afin de favoriser les rencontres et le dialogue : cartes, fleurs, poèmes et cafés ont été distribués avec le message : « Partageons l’amour, pas l’indifférence ».

Retour sur cette journée avec Hassanatou, salariée de l’abej SOLIDARITE, Olaf, bénévole et personne accueillie, et Vincent, vice-président de la FAS Hauts-de-France, qui partagent leurs impressions dans une interview croisée.

Qu’est-ce qui vous a motivé·es à participer à cette opération ?

Hassanatou : Je suis Hassanatou, salariée à l’accueil de jour de l’abej SOLIDARITÉ. Ce qui m’a motivée à participer à cette journée, c’est l’enthousiasme de pouvoir partager un moment particulier avec les accueillis, leur montrer que nous méritons tous l’amour, peu importe les situations, aussi douloureuses qu’elles puissent être. C’était aussi une façon pour moi de ne pas rester indifférente en ce jour pour toutes ces personnes qui vivent sans amour. Car l’indifférence tue plus lentement que la faim, mais tout aussi sûrement. Elle glace les âmes, efface les noms, banalise la souffrance. Il est temps que nous nous aimions autrement.

Olaf : Motivation personnelle surtout. Rendre les personnes invisibilisé·e·s visibles, changer le regard sur la précarité. Solidarité et amour vont ensemble pour faire société.

Vincent : Dans cette période sombre où la solidarité est remise en cause, où les discours majoritaires tendent à rendre les personnes responsables de leur propre déchéance, c’est important de faire de la communication positive et de ramener un peu de gaieté et de positif dans notre société. Changer le regard du grand public, c’est la base pour faire évoluer les mentalités et influencer à plus long terme les politiques, surtout à l’approche des prochaines échéances électorales.

Quel moment de la journée vous a le plus marqué ?

Hassanatou : Le moment qui m’a le plus marquée, c’est lorsque le soleil est arrivé. C’était génial et ça a motivé beaucoup de gens à nous rejoindre.

Olaf : Un jeune couple s’est arrêté pour savoir ce que nous faisions ce jour-là. Ils étaient très ému·es que les gens en précarité donnaient des « cadeaux ». Ils ont terminé par cette question : « Qu’est-ce que nous, nous pouvons faire ? »

Vincent : Cette réflexion d’une passante à qui une jeune femme logée en pension de famille a remis un petit collier avec un cœur : « C’est fou, ça, que la solidarité vienne de ceux qui ont le moins. Je vais garder précieusement ce petit cadeau et parler à tout mon entourage de votre initiative ! »

Qu’avez-vous ressenti en partageant ce moment ?

Hassanatou : J’ai ressenti de la joie, de l’enthousiasme et de l’amour pour tous et toutes.

Olaf : La solidarité des gens existe toujours pour faire société, surtout dans les temps sombres que nous traversons !

Vincent : D’abord une vraie joie en voyant tous ces sourires et ces moments de partage entre passants et personnes des associations. J’éprouve aussi une grande fierté envers les équipes de la FAS Hauts-de-France et leur capacité à fédérer les énergies pour réaliser un si bel événement. Et enfin, de l’optimisme. Malgré les discours ambiants, la solidarité et l’empathie sont toujours présentes dans notre société.

Cette expérience a-t-elle changé votre regard sur la solidarité ou sur la précarité ?

Hassanatou : Cette expérience m’a fait comprendre qu’un geste, un sourire, un repas partagé, une parole douce peuvent devenir un refuge, un toit. Mon regard, pour cette journée, c’est aussi de voir au-delà du statut, du mode de vie parfois précaire, au-delà de l’habitacle de fortune.

Olaf : Comme évoqué, cela fait chaud au cœur de savoir que la solidarité est encore bien présente dans notre société… heureusement !

Vincent : Cela n’a pas changé mon regard mais me donne de l’espoir. Quand on agit ensemble, quand on combat de manière positive pour ses idées, on peut faire changer les choses, un sourire à la fois, un petit geste de solidarité après un autre. C’est avec les petits sourires qu’on fait les grandes joies.