20 mars 2026
23 mars 2026
À l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, la Fédération des acteurs de la solidarité a rencontré Gaëlle Tellier, administratrice au sein de la FAS Normandie et au niveau national depuis trois ans, ainsi que vice-présidente exécutive du Groupe SOS en charge des solidarités et de l’égalité de genre.
Forte de son expérience et de son implication au sein de la FAS, elle partage son expérience et alerte sur les défis encore à relever pour mieux accompagner les femmes et la communauté LGBTQIA+ en situation de précarité. Elle porte une conviction forte : l’égalité de genre ne peut pas être traitée comme un sujet à part, elle doit structurer l’ensemble des politiques et des pratiques du secteur.
Le premier, ce sont les violences, qui touchent les femmes et les hommes de manière très différente. Dans les établissements d’accueil du Groupe SOS, environ 90 % des femmes accueillies ont été victimes de violences : intrafamiliales, liées à la rue ou à l’exil. Ces parcours sont marqués par une dimension systémique de violences sexistes et sexuelles, où les femmes sont exposées à des risques d’exploitation et d’agression. Ces situations sont largement documentées, par une enquête de la FAS et des études du Samu social de Paris.
Le deuxième enjeu est la santé, notamment sexuelle et gynécologique, encore insuffisamment intégrée dans les dispositifs. Certaines addictions, comme l’alcool par exemple, sont moins repérées chez les femmes, car beaucoup de dispositifs ne leur sont pas adaptés. Il est donc crucial de systématiser la formation des travailleur·ses sociaux, afin que les femmes puissent en parler sans crainte.
Enfin, il y a la question de l’insertion professionnelle. Les freins sont nombreux, comme la garde d’enfants ou le manque de confiance en soi. Je pense à l’association Joséphine par exemple, qui montrent l’importance de travailler sur l’estime de soi comme levier d’insertion. Son approche repose sur une conviction forte : se réapproprier une image positive de soi est une étape clé pour se reconstruire et accéder à l’emploi.
Cela suppose d’adapter concrètement les dispositifs d’accompagnement. Plus largement, l’égalité de genre doit être pensée de manière transversale, dans l’ensemble des politiques et dispositifs de solidarité, et non uniquement dans ceux spécifiquement dédiés aux femmes.
Le sujet est davantage visible et porté aujourd’hui, notamment concernant les violences. C’est une évolution importante, à laquelle les acteurs et actrices de la solidarité contribuent activement. Mais les moyens restent insuffisant et il reste encore beaucoup de marges de progression. Un point essentiel, selon moi, est de travailler à la fois sur l’accompagnement des victimes et sur celui des auteurs de violences. Il est indispensable de développer des dispositifs qui permettent d’éloigner les auteurs plutôt que de contraindre les femmes à quitter leur logement, leur emploi, leur environnement. Des avancées existent, mais elles restent encore trop limitées au regard des besoins.
Le principal problème, c’est que les dispositifs ne prennent pas toujours en compte les spécificités liées au genre.
Prenons un exemple simple : les horaires d’un chantier d’insertion (ACI). S’ils ne sont pas compatibles avec les horaires scolaires, une mère dans une famille monoparentale ne pourra tout simplement pas y accéder.
Il y a aussi un enjeu important en tant qu’employeurs. Nous devons créer des environnements de travail qui permettent d’aborder ces situations. Faire de la sensibilisation bien sûr, mais aussi offrir un cadre de travail sain, qui permet de s’exprimer et qui offre la possibilité de se rendre à un dépôt de plainte sur le temps de travail par exemple.
Au sein du Groupe SOS, nous parlons d’égalité de genre au sens large, c’est en lien avec notre histoire. Cela implique notamment de mieux accueillir les personnes trans dans nos établissements : adapter les modalités d’hébergement, former les équipes, lutter contre les discriminations et les LGBTQIphobies. Mais cela pose encore beaucoup de questions très concrètes dans les structures d’hébergement.
Plusieurs leviers apparaissent prioritaires. La formation des équipes, dans tous les dispositifs, pas seulement ceux spécialisés, doit être renforcée pour faire de l’égalité de genre un réflexe professionnel partagé. Le renforcement de l’accompagnement en santé mentale est également essentiel, encore trop insuffisant.
La préservation de financements pour des outils essentiels mais souvent fragilisés, comme les activités sportives, culturelles ou encore la socio-esthétique, est indispensable. Ces actions, parfois perçues comme secondaires, jouent en réalité un rôle clé dans les parcours de reconstruction : elles permettent de restaurer l’estime de soi, de recréer du lien social, pour faciliter l’entrée dans d’autres démarches d’accompagnement. Pourtant, ce sont souvent les premiers dispositifs remis en cause en période de restriction budgétaire, alors même qu’ils conditionnent l’efficacité des parcours d’insertion.