12 janvier 2026
12 janvier 2026

Très cher·e·s actrices et acteurs de la solidarité,
personnes accompagnées, travailleuses et travailleurs sociaux·ales, membres des directions, bénévoles de nos associations et structures, qui êtes à nouveau, en ce début 2026, mobilisé·e·s et inventif·ve·s, profondément ancré·e·s dans les réalités de vies, porté·e·s par vos enthousiasmes et ceux que vous suscitez, à l’action pour la dignité des plus fragilisé·e·s d’entre nous et contre la pauvreté partout dans notre pays, dans les villes et les campagnes, en métropole et outre-mer.
Je vous sais, en ce début d’année 2026, nombreuses et nombreux, dans une inquiétude qui est aussi la mienne. L’amplification des situations de pauvreté et de précarité à des niveaux jamais atteints depuis 30 ans, les incertitudes et les reculs budgétaires à l’aveugle, les menaces de disparition qui pèsent sur une de nos associations de solidarité sur trois, les difficultés de recrutement, les tensions sociales induites dans les structures, la maltraitance institutionnelle contre les personnes, les expertises et les engagements, les stigmatisations de plus en plus assumées des personnes en situation de fragilité, à commencer par celles au RSA et les personnes étrangères, les tentatives d’inversion de responsabilité au détriment des associations, les pressions et injonctions contraires aux valeurs fondamentales de solidarité comme l’inconditionnalité de l’accueil… tout cela, cette bascule contre laquelle nous alertons depuis la fin 2023 – la loi immigration et les attaques contre le RSA – pèse lourd, je le sais, sur chacune et chacun d’entre nous.
J’y associe celles et ceux qui, partout dans la société – citoyen·ne·s, au sein de l’État, des collectivités locales et des entreprises – partagent nos combats et ne se résignent pas.
Vous êtes, dans nos associations, en première ligne de ce qui fait – vos expertises et vos engagements – et défait – les inquiétudes et leurs instrumentalisations – le contrat social dans notre pays comme ailleurs en Europe et dans le monde. Les actrices et acteurs de la solidarité se trouvent au cœur de ce qui déstabilise nos sociétés et le lien social, et en subissent les effets. Dans un pays qui reste l’un des plus protecteurs au monde mais qui détricote désormais la solidarité, ces vents contraires poussent au découragement, à l’apathie face à l’inacceptable, ou aux enfermements dans des certitudes dogmatiques qui nous éloignent d’une capacité à peser sur le cours des choses.
Il est de la responsabilité de notre Fédération, en son 70ᵉ anniversaire, de tout faire et de ne jamais cesser de se renforcer pour vous en protéger. C’est aussi une belle responsabilité, un devoir, une opportunité non seulement de tenir bon mais aussi d’ouvrir des perspectives pour nous-mêmes et pour toute la société, notamment dans le périlleux cycle électoral qui s’ouvre localement en 2026, nationalement en 2027, alors que les points d’appui sont devenus trop rares pour apaiser, dénouer et transformer la société au regard des progrès qu’elle porte et des indignités qu’elle continue de sécréter.
Convaincu qu’il est de notre responsabilité individuelle et collective, là où chacun·e de nous se trouve, de tout faire pour résister et avancer dans un tel contexte, je souhaite partager avec vous quelques lignes de conduite et d’action.
En ces temps de brouillage, nous devons plus que jamais, individuellement et collectivement, être les porteur·euse·s intraitables et intransigeant·e·s des valeurs et des principes fondamentaux qui forgent la dignité humaine, le respect des fragilités humaines et la solidarité. La défense de l’inconditionnalité en constitue une pierre angulaire. Cette indispensable fermeté doit nous conduire à poursuivre, autour de notre Fédération, la constitution de fronts communs de nos associations dans les régions pour opposer une unité sans faille, alliant des actrices et acteurs de toutes tailles, à toute tentative d’atteinte aux principes fondamentaux de la solidarité. Elle doit aussi nous conduire à accélérer nos réflexions sur les moyens de donner, le moment venu, si cela devenait nécessaire, à voir notre force collective, indispensable au bon fonctionnement du pays.
Cette nécessaire fermeté est indissociable d’une lucidité de notre part, d’une écoute et d’une ouverture sur ce qui éloigne de la solidarité une part grandissante de la société et, singulièrement, du monde du travail traversé par de nombreuses fragilités et inquiétudes. Notre pays ralentit sa production de richesses, il les répartit de moins en moins équitablement et le déclassement, en même temps que la précarisation, déstabilisent des pans entiers de la société. C’est en tant qu’actrices et acteurs assumé·e·s de la dignité des personnes, porteur·euse·s d’une organisation sociale plus juste et de la tranquillité publique, que nous devons continuer à agir et à donner à voir votre contribution essentielle aux équilibres de notre pays. C’est au cœur même de la complexité des évolutions de la société, dans ses progrès, ses reculs et ses réactions, que nous contribuerons à retisser les conditions de la solidarité.
La force de propositions qui est la nôtre doit plus que jamais demeurer au premier plan pour ouvrir des perspectives pour nous-mêmes, pour la société et pour l’efficacité des politiques publiques. Nous sommes des forces de solutions, à partir des personnes et de celles et ceux qui œuvrent avec elles, sur leurs lieux de vie. Nous devons amplifier nos dynamiques propres pour nous redonner de l’oxygène, notamment par l’organisation du travail et des modèles économiques, de financement, de participation des personnes et de coopération entre nos structures. Nous sommes des actrices et acteurs de la reconstruction des solidarités pour l’accès aux conditions de la dignité sociale et pour l’ouverture de nouveaux champs de la transformation sociale et écologique juste. Votre action doit plus que jamais être source d’inspiration.
Vous étiez présent·e·s lorsque c’était nécessaire aux personnes concernées, pour faire vivre la solidarité. C’est en ces temps de périls et d’opportunités que vous êtes indispensables à notre pays, alors qu’il plonge dans le doute sur lui-même et est menacé par les pires tentations et aventures. Vous pouvez compter sur votre Fédération et sur moi pour vous accompagner sans relâche dans ces beaux combats.
Je nous souhaite, au plan personnel comme pour vos engagements, une année de détermination et de réconfort dans le partage, au service de la solidarité.
Avec toute ma gratitude et mon amitié solidaires,
Pascal Brice
Président de la Fédération des acteurs de la solidarité
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