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Portraits croisés - Veilleur de nuit

On en parle peu, pourtant ils ont un rôle essentiel au sein des structures d’hébergement. Garants de la sécurité de l’établissement et du repos des résidents, les veilleurs de nuit assurent également le relais avec les travailleurs sociaux et équipes de jour, et endossent parfois un rôle de confident. Jérôme et Issa exercent ce « métier de l’ombre » depuis plusieurs années déjà.

 

Portraits de Jérôme Pujol, 36 ans, veilleur de nuit/écoutant 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale Antipoul géré par le CCASCCASCentre communal d'action sociale de Toulouse et de Issa Ouro-Sama, 55 ans, veilleur de nuit au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale du Renouveau à Dijon.

Quel a été votre parcours ?
jeromeJérôme Pujol : J’ai suivi une formation dans un lycée professionnel hôtelier, j’ai travaillé dans différents restaurants, et en parallèle je faisais ponctuellement du bénévolat à la Croix-Rouge. Au fil du temps, l’association m’a proposé de faire des missions plus longues. J’ai été bénévole à Sangatte et à Fréjus pour gérer la logistique des camps et l’accueil des réfugiés et à Amiens lors des inondations pour participer aux opérations de nettoyage des caves et des maisons. Je me suis alors rendu compte que le côté social, le contact avec les gens m’attirait plus que la restauration. J’ai postulé au Samusocial de Paris en début de période hivernale, moment où il y a le plus de besoins, et j’ai été embauché en tant qu’accueillant social d’urgence au foyer de Montrouge en région parisienne. Il s’agissait de préparer le foyer en installant les draps jetables, les espaces d’hygiène, puis d’accueillir les personnes et de distribuer les chambres. Après trois ans là-bas, j’ai été engagé comme veilleur de nuit à la Maison des Allées, centre d’hébergement pour femmes à Toulouse. Après la période hivernale, le directeur du centre m’a proposé un poste de veilleur de nuit/écoutant 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale Antipoul qui accueille exclusivement des hommes. J’y travaille depuis huit ans.

issaIssa Ouro-Sama : J’ai un parcours un peu atypique. Je suis rentré au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale du Renouveau en 1983 en tant que stagiaire dans le cadre de ma licence de psychologie. Je cherchais à comprendre ce qu’était la précarité en France. J’ai pu voir que tout le monde peut basculer, et appréhender le fait que si une personne est alcoolique, c’est suite à des évènements qu’elle a vécus. J’ai appris à éviter le jugement hâtif. Après ce stage, on m’a proposé d’intervenir en tant qu’animateur au centre Vellerot situé à 70 km de Dijon qui accueillait des personnes souffrant d’addictions en postcure pendant un trimestre, avant qu’elles ne soient réorientées vers le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale. Il s’agissait d’être présent pendant trois jours, jour et nuit, pour accompagner les résidents. Après trois années là-bas, j’ai été muté au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale où il ne restait qu’un seul poste, celui de veilleur de nuit. En parallèle, j’ai poursuivi mes études et j’ai passé un doctorat de sociologie. Aujourd’hui, j’exerce toujours ce métier de veilleur de nuit, même si mon titre exact est « agent de soins de nuit », puisque le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale s’adresse aux personnes présentant une dépendance mais ayant choisi l’abstinence.

Quelles sont vos missions au sein du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale ?
J.P. : La spécificité de mon poste est que je suis à la fois veilleur de nuit pour le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale et écoutant 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri. C’est une double casquette avec laquelle il faut apprendre à jongler, parce que l’on peut être en pleine conversation avec un hébergé et devoir répondre au 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri, même si la priorité reste toujours le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale. Nous ne sommes que deux salariés la nuit pour 80 résidents voire 85 en période de grand froid, et on ne peut pas se laisser déborder par un problème interne. En tant que veilleur de nuit, il faut s’assurer du bon fonctionnement de l’établissement : la gestion des hébergés, des repas pour les arrivées tardives, des éventuels conflits entre résidents, des problèmes de santé, d’alcool… Au 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri, nous gérons l’attribution des places en foyer d’hébergement et la coordination des maraudes. Le plus difficile est le manque de places. En seulement une heure, elles sont toutes attribuées, et pour le reste de la nuit, nous n’avons plus de solutions à proposer aux personnes qui appellent. Mais finalement ce sont deux métiers qui se complètent bien. Ils nécessitent tous les deux de la patience, de la diplomatie, le sens de l’écoute et une certaine ouverture d’esprit.
I. O.-S. : Au total, le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale du Renouveau a une capacité de 57 places, auxquelles s’ajoutent 15 places de pensions de famille et 4 à 5 lits halte soins santé. Nous sommes deux agents de soins de nuit pour gérer ces différents services. Il y a aussi dans l’établissement, le centre Marceau (postcure) qui est géré par un infirmier la nuit mais que nous épaulons en cas de souci. Nous sommes là pour assurer la sécurité des biens - locaux, matériel de bureau, cuisine - mais aussi des personnes. Nous faisons trois rondes pendant la nuit pour être sûrs que tout se passe bien. Mais on ne rentre dans les chambres des résidents que si l’on nous signale un cas de maladie ou que l’on n’a pas vu la personne de la journée. Dans ce cas, il s’agit de savoir si elle a consommé de l’alcool et dans l’affirmative de remonter l’information. Tout ce qui se passe dans la nuit est noté dans un cahier de liaison - maladie, dépression, consommation de drogues, d’alcool, angoisse - nous essayons d’évaluer tout ça mais sans trop aller en profondeur pour ne pas empiéter sur le travail fait avec les éducateurs le jour. Nous sommes aussi là pour écouter, calmer, rassurer.

Quels liens entretenez-vous avec les résidents ?
J.P. : Même si l’accompagnement est fait par les éducateurs, il y a aussi toute une gestion de la personne la nuit. Comme nous sommes les deux seules personnes « avec un statut » à être là et que le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale est un lieu où peu de liens d’amitié se créent, les hébergés viennent souvent nous voir pour discuter. Mais les hommes ont une certaine réserve, ils n’aiment pas exposer leurs difficultés, ils sont assez renfermés. Quand je travaillais dans le centre pour femmes, elles recherchaient beaucoup plus ce côté relationnel, les confidences venaient naturellement. C’est aussi une question d’aménagement des locaux. À la Maison des Allées, les pièces communes étaient à côté du bureau des veilleurs de nuit, on passait la soirée avec les hébergées. Au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale Antipoul, le bureau 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri et l’accueil sont assez isolés des chambres, ça peut créer une distance, même si le contact se fait quand même.
I. O.-S. : Certains résidents se réveillent la nuit, n’arrivent pas à dormir et veulent se confier. Ils nous disent souvent « vous n’êtes pas comme les autres » et ne nous associent pas à l’équipe éducative. Il faut alors bien leur rappeler que nous en faisons partie et que ce qu’ils nous disent sera potentiellement transmis aux éducateurs de jour. Quand ils ont compris que l’on ne discute pas entre copains mais entre salarié et résident, il n’y a pas de problème. Ils savent que nous sommes là de 21h à 7h du matin à leur disposition, ils savent où nous trouver.

Comment gérez-vous la problématique des addictions ?
J.P. : En fin d’après-midi ou en début de soirée, il peut arriver que les personnes se présentent à l’accueil alcoolisées. La gestion se fait au « feeling », en connaissant un peu la personne, on sait si elle va être capable de contrôler son alcoolémie et de s’adapter à la vie en communauté cette nuit-là. Il faut savoir distinguer la personne alcoolisée qui a passé sa journée à boire mais qui va se coucher tranquillement et la personne qui a l’alcool agressif. Dans ce cas, on n’a pas le choix, pour éviter tout problème, il y a refus d’hébergement pour la nuit en cours, et le lendemain, on prévient les éducateurs pour que la personne soit reçue en entretien. Nous avons un regard assez singulier sur les hébergés : on voit ceux qui ne dorment pas, ceux qui sont stressés et traînent dans les couloirs, ceux dont c’est la première expérience en CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale - souvent des jeunes qui viennent de quitter le foyer familial ou des personnes âgées - et qui sont angoissés par ce nouvel environnement, ceux qui étaient alcoolisés pendant la nuit mais ne le sont plus le matin. Ce sont des comportements que les éducateurs de jour ne voient pas et qu’il est important de leur transmettre pour les aider dans leur travail quotidien avec les résidents.
I. O.-S. : La spécificité du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale est qu’il est destiné aux personnes dépendantes de l’alcool qui arrivent après une cure, mais depuis quelques années le centre accueille également des personnes qui ont une dépendance avec le cannabis et d’autres drogues. Normalement, les résidents sont censés être sevrés, mais il y a des rechutes, souvent la nuit et le week-end. On arrive à faire face grâce aux formations que nous avons reçues. Tout salarié qui arrive au Renouveau doit réaliser deux modules de formation en addictologie et alcoologie. J’ai aussi été formé au risque de rechute et à la gestion de la violence. Grâce à cela, on sait comment intervenir, quelles sont les décisions à prendre pour calmer quelqu’un qui a bu, pour l’amener dans sa chambre. Au besoin, nous évaluons le degré d’alcool avec un éthylotest et au-delà de 2 grammes nous appelons SOS Médecins. Si le médecin décide de maintenir le résident dans l’établissement, nous passons plusieurs fois dans la nuit pour lui apporter au moins un litre d’eau et s’assurer qu’il dort bien, respire bien. En plus de l’alcool, beaucoup de personnes consomment aussi du cannabis, et lorsqu’on le détecte, on accompagne la personne dans sa chambre et on prévient l’équipe le lendemain. En 27 ans de poste, j’ai vraiment vu évoluer les publics et leurs problèmes, la population du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale est de plus en plus jeune.


Propos recueillis par Laure Antoine

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