Focus - « Premières heures » de la rue à l’emploi

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Le dispositif « Premières heures » est né d’un constat simple : si les chantiers d’insertion sont des structures efficaces, les contrats de travail d’un minimum légal de 20 heures hebdomadaires qu’ils proposent ne sont toutefois pas toujours adaptés à la situation des plus précaires, telles que les personnes venant directement de la rue, en totale rupture sociale et pour lesquelles un tel engagement peut paraître insurmontable.

En 2011 a donc été lancée l’expérimentation d’un nouveau dispositif visant à permettre aux personnes en situation d’exclusion de reprendre une activité professionnelle à un rythme progressif, et surtout ajusté aux capacités et aux difficultés de chacun.

Un dispositif à la carte

Mis à la disposition du chantier d’insertion par une association intermédiaire, non assujettie à une durée minimum de travail, le salarié peut ainsi s’engager dans un premier temps dans un contrat de quatre heures de travail par semaine, puis petit à petit, la durée peut évoluer jusqu’à 23 heures maximum, pour déboucher en fin de parcours sur la signature d’un contrat unique d’insertion. Ce processus dure en général de trois à six mois, mais aucune contrainte temporelle n’est fixée. Chaque situation est, en effet, gérée au cas par cas et évolue au rythme des bénéficiaires. Pour favoriser leur réinsertion, ils sont en permanence suivis par des travailleurs sociaux qui les accompagnent dans leurs démarches d’accès au logement, aux soins ou encore aux droits.

Au total, ce sont six associations de solidarité qui ont mené volontairement cette expérimentation pendant deux ans : Macadam, Atoll 75, Mains Libres, SOS Alternatives et Insertion, la régie de quartier Paris-Centre, et Emmaüs Défi, qui avait initié le concept du travail à l’heure dès 2008. « Le travail est un formidable vecteur d’insertion, en plus de sa fonction économique, il permet aux personnes de retrouver du lien social. Une fois que l’on a un travail, il est plus simple de se stabiliser sur d’autres niveaux » explique Catherine Paquemar, responsable de l’accompagnement chez Emmaüs Défi.

Une généralisation en cours

A ce stade, « Premières heures » qui a déjà permis d’accueillir 75 personnes, parmi les plus fragiles, représente un total de plus de 1 000 heures de travail. Vingt bénéficiaires sont même passés du dispositif à un emploi durable (CDICDIContrat à durée indéterminée ou CDDCDDContrat à durée déterminée de plus 6 mois). Comme Pino, aujourd’hui chef de dépôt pour l’association Macadam qui a bénéficié, après un an sans emploi, de ce dispositif de juillet à décembre 2012 : « Ça m’a d’abord permis d’avoir un petit salaire, de rester en contact avec le milieu du travail, et puis ça m’a donné du courage ».

Ce dispositif innovant, soutenu financièrement par la Mairie de Paris, est aujourd’hui en voie de pérennisation et de généralisation, sans limite de bénéficiaires. Une généralisation ouverte à l’ensemble des structures relevant de l’insertion par l’activité économique en Ilede- France (chantiers d’insertion, entreprises d’insertion), et auxquelles une contribution financière sera versée par le département à chaque nouvelle étape de la réinsertion du salarié.

Laure Antoine

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