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Enquête sur l’impact des coupes budgétaires sur les CHRS

On déchiffre

La Fédération des acteurs de la solidarité a lancé en décembre 2018 avec d’autres têtes de réseau (Croix-Rouge Française, FEHAPFEHAPFédération des établissements hospitaliers et d'aide à la personne, NEXEMNEXEMOrganisation professionnelle des employeurs du secteur social, médico-social et sanitaire privé et Uniopss) une enquête pour mesurer les conséquences quantitatives et qualitatives des coupes budgétaires de 2018 sur les Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale). Sur les 880 CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale répertoriés en France, 198 ont répondu. Les coupes budgétaires ont, selon 41 % des associations, abouti à une réduction de la qualité de l’accompagnement en CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale : réduction du nombre d’intervenants sociaux par personne accompagnée, diminution des ateliers et activités collectives, déqualifi cation des intervenants sociaux, etc. Les autres impacts notables sont pour 18 % des répondants une réduction des prestations supports dont l’alimentation et pour 17 % une sélection des personnes accueillies (en raison notamment de la participation fi nancière demandée). Par ailleurs, l’enquête a également mis en avant l’augmentation très forte du nombre de contentieux tarifaires avec une multiplication par 7 entre 2017 et 2018. Finalement, de nombreuses associations se sont montrées très inquiètes de la poursuite des coupes budgétaires sur les années à venir. Ces résultats poussent la Fédération à poursuivre sa demande de moratoire sur ce plan d’économies qui doit s’étendre jusqu’en 2022 et à mettre place une véritable concertation sur les missions d’accompagnement et d’hébergement des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale. ●

Victor d’Autume

 

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Comment expliquer le non-recours aux hébergements sociaux ?

non-rec-1L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale a publié en février 2018 un rapport réalisé par E.Gardella et A.Arnaud : « Le sans-abrisme comme épreuves d’habiter - Caractériser statistiquement et expliquer qualitativement le non-recours aux hébergements sociaux ».
Cette étude s’appuie sur des données statistiques et des données qualitatives pour observer les personnes qui ne demandent plus d’hébergement, voire refusent les places qui leur sont proposées et qui sont en situation de non-recours depuis plusieurs mois.
Plutôt qu’expliquer le sans-abrisme de longue durée par des choix individuels, leur regard sociologique apporte de nouvelles perspectives et ouvre une réfl exion sur la création d’un « droit à habiter ».

Une analyse comparative entre les recourants aux dispositifs et les non-recourants permet de préciser les profi ls. Les non-recourants sont plus souvent des personnes ayant des diffi cultés en français, se retrouvant sans ressource, ayant connu un premier épisode sans-domicile il y a plus de dix ans, déclarant une consommation d’alcool à risque de dépendance, une consommation régulière de drogues, et enfin, possédant un animal. Ces personnes sont aussi plus souvent celles qui pratiquent la mendicité, et ce sont plus souvent des hommes.
Les recourants sont plutôt des personnes dont la santé est prise en charge par les institutions médico-sociales. Elles sont les plus susceptibles, statistiquement parlant, à recourir à un hébergement social. Toutes les personnes sans domicile n’ont pas la même probabilité de recourir à un hébergement social, donc de se retrouver à dormir durablement dans un espace public. ●

Carole Lardoux

+ LIEN VERS LE RAPPORT :
http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/gardella-e._arnaud-a_-_sans-abrisme_non-recours_-_rapport_obsssp-onpes.pdf

 

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Il l'a fait - Hommage à Raoul Dubois

LE RÉSEAU
PARLE DE LUI

« Raoul, modeste et sage, avait une conscience ancrée de la justice sociale, de la solidarité, et savait faire partager ses convictions sans colère mais avec persévérance. Il a su, avec ses proches, faire reconnaitre aux plus hauts niveaux de l’État l’expression et la capacité de construction des personnes en diffi cultés sociales. Il était un pèlerin infatigable et laissait là où il passait grandir l’espoir, le sentiment de la force du collectif, la chaleur de l’humanité... et l’envie d’être de ses amis. Il aura été créateur d’une page d’histoire pour les plus démunis. Nous lui devons tous beaucoup. »

Philippe DUMOULIN,
Président de la Fédération des acteurs
de la solidarité Hauts-de-France

« Raoul est l’un de ceux qui a pu faire avancer la reconnaissance des personnes en précarité comme acteurs incontournables dans les débats et politiques qui les concernent. »

Francis Silvente,
Président de la Fédération
Auvergne-Rhône-Alpes

Raoul Dubois, président du Groupe d’appui national Participation et membre actif du Conseil d’administration et du bureau de la Fédération des acteurs de la solidarité Hauts-de-France, est décédé le 25 mars 2019 à 69 ans. Nous avons voulu lui rendre hommage.

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Raoul Dubois a consacré une grande partie de sa vie à la lutte contre les exclusions des personnes en situa-tion de précarité. Aperçu du parcours d’un homme fort de son vécu et de ses convic-tions. Ce père de deux enfants évoquait avoir tout perdu suite à un divorce doulou-reux et s’être retrouvé à la rue . Positif, Raoul Dubois disait avoir « eu de la chance dans [s]on malheur », car un premier appel au 115 en 2010 avait directement abouti à une place au centre d’hébergement « Les Moulins de l’Espoir » de la Fondation de l’Ar-mée du Salut à Lille.

Un militantisme à toute épreuve

D’abord en structure de stabilisation puis en CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale, son tempérament militant l’avait amené à intégrer le Conseil de la vie sociale dont il deviendra président quelques mois plus tard : « J’ai toujours été un militant ; à la fois comme syndicaliste et comme personne encartée politique-ment. », disait-il en 2015. Il avait ensuite inté-gré le Conseil consultatif des personnes accueillies puis son équivalent régional. Ces fonctions lui avaient donné l’occasion d’élargir ses connaissances en matière de droits des personnes. Véritable guide pour les nouveaux arrivants du centre où il résidait, Raoul Dubois leur expliquait le fonctionnement du lieu et les informait de leurs droits fondamentaux. Il trouvait satis-faction dans l’épanouissement des autres et le ur insuf fl ait la forc e de se bat tre contre la précarité, les accompagnant dans leurs parcours.

Une participation à des actions locales essentielles

Raoul Dubois a permis à la structure lilloise de s’ouvrir vers l’extérieur, sur le quartier et sur la ville, notamment en permettant aux personnes accueillies de participer à la vie citoyenne. Il a participé au maintien de bonnes relations avec la mairie de quar-tier et l’union des commerçants pour faire participer les hébergés à des événements et rassemblements solidaires.

Un porte-parole de la lutte contre les exclusions

Volontaire pour porter la parole des personnes en situation de précarité, il soutenait avec vigueur leur participation dans la mise en place des politiques qui les concernent. Il évoquait régulièrement l’inutile complexité du parcours administratif réser-vé aux sans-abri et sa nécessaire simplifi -cation afi n de rendre l’intervention sociale plus efficace. Il luttait avec ferveur contre la stigmatisation des personnes précaires, revendiquant pour elles une citoyenneté « à part entière, dans les administrations ou ailleurs ».●

Zoé Nuel

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