Louis Gallois : « Les plus pauvres seront-ils les oubliés de la République ? »

Le Parisien- Aujourd'hui en France le 6/01/2019

Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, Louis Gallois, Président de la Fédération des acteurs de la solidarité, revient sur la situation des citoyens les plus précaires, sur fond de mobilisation des Gilets jaunes.

« La mobilisation des Gilets jaunes a tiré sa force du fait qu’elle a bénéficié d’un large appui de l’opinion publique, tous les sondages l’ont montré. Certainement parce qu’elle a mis en exergue la question du pouvoir d’achat mais aussi parce qu’elle a révélé la crainte du déclassement de pans entiers de la population qui se sentent en fait abandonnés, que ce soient les personnes à revenu modeste menacées par la pauvreté ou les habitants de territoires à l’écart des dynamiques de la mondialisation et du numérique.

Pour sortir de la crise, le président de la République a annoncé des mesures importantes et positives en faveur du pouvoir d’achat des salariés autour du smic, de ceux qui font des heures supplémentaires ou des retraités modestes qui n’auront pas à subir la hausse de la CSG.

Aucune de ces mesures ne concerne les plus pauvres, en particulier ceux qui n’ont pas de travail et vivent avec le RSARSARevenu de solidarité active. Seront-ils les oubliés de la République ? Leurs conditions de vie se sont au contraire dégradées au cours de la période récente : baisse de l’APL, disparition de 200 000 contrats aidés et, à partir du 1er janvier, désindexation de l’APLAPLAide personnalisée au logement et des allocations familiales. Je rappelle que ces allocations vont augmenter de 0,3 % en 2019 alors que la hausse des prix est prévue à 1,7 % !

Cette situation n’est pas acceptable. On accroît le fossé entre les plus précaires et le reste de la population. On ne prend certainement pas le chemin de l’éradication de la grande pauvreté dont le président de la République a fait un de ses objectifs quand il a présenté, en septembre dernier, la stratégie pauvreté.

Nous avions dit à cette occasion que cette stratégie comportait des mesures significatives et utiles mais qu’elle devrait être complétée par une deuxième étape, justement sur la question du pouvoir d’achat des plus pauvres. Nous demandions une hausse significative du RSA, son ouverture aux jeunes et désormais la réindexation des aides sociales. Cette deuxième étape est devenue urgente. Bien sûr cela a un coût, mais une société se juge aussi à la priorité qu’elle reconnaît à ceux qui ont le moins.

La grande pauvreté, ce sont aussi les familles à la rue, de plus en plus nombreuses. Face à ce scandale, il faut créer des places d’hébergement adaptées et produire plus de logements très sociaux accessibles aux familles les plus pauvres.

Une consultation nationale va s’engager. Nous n’en connaissons pas les modalités, mais notre responsabilité sera de faire en sorte que les plus fragiles puissent s’exprimer : allocataires du RSARSARevenu de solidarité active, chômeurs de longue durée, salariés en insertion, mal-logés ou sans-abri. Ils sont des millions : il est essentiel qu’ils expriment leurs besoins, leurs aspirations, leurs propositions et qu’ils disent quelle société ils veulent construire avec leurs concitoyens. »

 

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