Ils l'ont fait - Le Saas, accueil de jour pour les familles à Caen

L’association Itinéraires a ouvert un nouvel accueil de jour le 1er mars pour les familles avec enfants, dans le centre-ville de Caen. Cinq mois plus tard, retour sur cette initiative, avec Véronique Barrois, chef de service. 

Pourquoi l’association Itinéraires s’est-elle lancée dans ce projet ?

Véronique Barrois : La situation internationale, l’augmentation de la précarité, le plan de résorption des nuitées d’hôtel sont des éléments qui ont participé à la modification de la prise en charge des familles dans ce territoire. Les équipes de maraude et du 115 ont fait remonter depuis deux ans, la présence de familles (primo-arrivants, sans papiers, sans droits déterminés) avec enfants à la rue, en squat. Des associations du territoire (A.A.J.B., Jacques Cornu, Itinéraires) ont mis en place des solutions provisoires pour répondre partiellement aux besoins repérés et soutenir les équipes confrontées quotidiennement à ce phénomène. La Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCSDDCSDirection Départementale de La Cohésion Sociale) a demandé aux associations de réfléchir à l’ouverture d’un accueil de jour pour familles car il n’existait pas de ressources locales permettant l’accueil concomitant des parents et des enfants. L’association Itinéraires, après avoir étudié cette demande avec la Fédération des acteurs de la solidarité et les autres associations, est devenue porteuse de ce projet et a ouvert cette maison à Caen. 

Comment fonctionne votre accueil de jour ? Pour quel public ? 

Véronique Barrois : A l’ouverture de l’accueil de jour, nous accueillions principalement des familles albanaises mais depuis nous recevons aussi des familles qui viennent du Bénin, de Tchétchénie, d’Afghanistan, de République du Congo, de Côte d’Ivoire, de Mongolie, du Soudan, d’Arménie ou d’Iran. C’est un lieu d’accueil de jour pour les familles à la rue, avec enfants mineurs, mais qui n’est pas dédié aux familles migrantes même si elles représentent 100 % de notre public à ce jour. Il est ouvert de 9 heures à 17h30, pour une cinquantaine de personnes, équipe comprise, et ce du lundi au dimanche. Entre le mois de mars et le mois de juin, nous avons accueilli 55 familles avec 113 enfants, âgés de quatre mois à 18 ans et 18 femmes enceintes. Cet accueil ne se substitue pas aux services sociaux de droit commun et n’assure ni le suivi, ni l’accompagnement social des familles mais les équipes de l’accueil de jour orientent les personnes vers les autres associations, telles que France Terre d’Asile, afin qu’elles puissent accéder à leurs droits. L’équipe éducative a une mission d’accueil, d’écoute, d’évaluation et d’orientation vers les différents services compétents du territoire. Cette maison a été organisée pour que les familles puissent se reposer, dans des espaces de détente avec des canapés et des lits pour bébés, poser leurs affaires à la bagagerie, se laver, laver leur linge.  Ces familles marchent beaucoup, et en général elles arrivent épuisées, avec des problèmes de santé. Un partenariat avec la PASS et l’AMCE (Association Médicale Contre l’Exclusion) a d’ailleurs été conventionné. Un pédiatre, accompagné par l’équipe de la PASS, tient des permanences une fois par semaine. Pour que les enfants puissent retrouver leur place d’enfants, des activités sont proposées par les animateurs. L’équipe éducative veille aussi à leur scolarisation, en lien avec les écoles et une pièce est dédiée à l’aide aux devoirs. Même si les familles peuvent réchauffer des aliments, nous privilégions l’orientation vers le restaurant social géré par le CCAS de Caen. C’est un lieu de pause, de ressource pour avoir des informations, et se mettre en lien avec différents partenaires du territoire.

L’accueil de jour est dans le centreville. Quels sont les liens avec le voisinage ? Entre les familles elles-mêmes ?
Véronique Barrois : L’ouverture de ce lieu a suscité méfiance et inquiétude de la part du voisinage. Aujourd’hui, les voisins nous apportent des vêtements, nous demandent ce qu’ils peuvent faire pour nous aider. Au sein même de la structure, nous avons eu à régler des phénomènes de racisme entre les familles, une certaine prise de pouvoir de certaines familles qui étaient les premières à venir. La vigilance de l’équipe et les échanges ont permis de reposer les missions du lieu pour que chaque famille se sente accueillie librement et qu’une communauté n’en chasse pas une autre, ce qui est fondamental.

 

 

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