F, le magazine de la Fédération 

Analyse politique - Les leviers du retour à l'emploi

La situation de privation d’emploi que vivent, totalement ou partiellement, plus de 5 millions de personnes en France est intolérable. Il faut agir pour permettre à tous d’avoir une possibilité de retrouver un emploi. Pour y parvenir, la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité actionne trois leviers : l’accompagnement et la formation des demandeurs d’emploi, l’attractivité financière de l’emploi et, plus directement, la création d’emploi, d’où une mobilisation forte autant sur la réforme de l’IAE, la loi sur la formation professionnelle, la fusion de la prime pour l’emploi et du RSA activité, que sur la loi ESS et la fiscalité des associations. Des mobilisations diverses pour une cohérence globale : le retour à l’emploi de tous.

Agissant au plus près des personnes en situation d’exclusion, les adhérents de la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité ont largement contribué à la naissance de l’insertion par l’activité économique (IAEIAEInsertion par l'Activité Économique). Partant du principe que le meilleur moyen d’obtenir un emploi était de travailler, ils ont combiné mise en situation de travail encadrée, statut salarié et accompagnement socioprofessionnel pour proposer aux personnes privées d’emploi une solution d’insertion. Si l’IAE s’est développée et institutionnalisée au fil des ans, elle est devenue malheureusement trop rigide et orientée exagérément vers le retour à l’emploi, en dépit du contexte du marché du travail mais aussi des moyens limités d’accompagnement et de formation accessibles aux SIAE.

UNE PREMIÈRE ÉTAPE
La FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité a ainsi souhaité une nouvelle réforme de l’IAE, autour de trois priorités : rouvrir l’IAE aux publics les plus en difficulté, accroître les possibilités de formation des personnes, donner aux structures les moyens de créer des liens avec les entreprises. La volonté de réforme étant partagée par l’État, la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité et ses partenaires, Coorace et Emmaüs France, ont développé au fur et à mesure de travaux conduits par le Conseil national de l’IAE (CNIAE) et le ministère du Travail et de l’Emploi leurs propositions autour de ces axes, pour faire de l’IAE un moyen puissant d’accompagnement des personnes sans emploi.
La réforme de l’IAE qui en résulte permet des avancées significatives, parmi lesquelles la revalorisation du budget, la mise en oeuvre d’une aide modulable pour récompenser les pratiques d’insertion exigeantes, la diminution du poids des objectifs de sortie à l’emploi, une réelle souplesse horaire des contrats de travail pour s’adapter aux besoins des personnes ou encore l’éligibilité des personnes à des dispositifs de formationprofessionnelle.

Pour que cela se traduise effectivement par une amélioration de l’accompagnement des personnes privées d’emploi, il faut désormais assurer un travail de suivi du déploiement de la réforme. Les remontées d’information des adhérents seront essentielles dans ce cadre, pour alimenter le groupe de travail du CNIAE qui sera consacré au suivi de la réforme.
Un travail qualitatif sur les pratiques des structures doit aussi être mené, dans un souci d’innovation. Relation à l’entreprise pour un accompagnement dans l’emploi, capacité de partenariat avec des acteurs du secteur social pour l’accompagnement de personnes en grande précarité, capacités d’innovation et de création d’activités sont autant de priorités pour renforcer encore la qualité d’accompagnement des personnes, par une place plus forte de l’IAE sur le territoire et ses dynamiques économiques.
L’accès à la formation professionnelle reste également une priorité : la loi récemment votée ouvre des opportunités de travail dont il faut se saisir, pour que les demandeurs d’emploi et les salariés à temps partiel soient considérés comme des publics prioritaires et puissent voir des actions spécifiques de formation, à l’ingénierie adaptée, être construites localement.

LES RÉFORMES À VENIR
Pour favoriser l’accès à l’emploi, il est en outre essentiel que l’emploi soit lui-même valorisant, et valorisé. Le phénomène des travailleurs pauvres doit donc être combattu fermement. Les armes actuelles de la politique publique ont hélas fait preuve de leur inefficacité, qu’il s’agisse du RSA activité et de son taux de recours très faible (35 % à peine des allocataires potentiels demandent l’aide) ou de la prime pour l’emploi et de son nombre de bénéficiaires décroissant depuis le gel de son barème. La FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité, Emmaüs France et Coorace se sont ainsi investis dans le groupe de travail piloté par Christophe Sirugue sur la fusion de ces deux prestations, pour parvenir à une aide efficace aux travailleurs pauvres et modestes. Amorcé lors des assises de la fiscalité, le travail est encore à poursuivre. Enjeu : trouver un mécanisme de complément de revenu simple et facilement mobilisable par les personnes pour que le travail ne puisse plus être synonyme de précarité.

La crise actuelle et le sentiment d’impuissance souvent ressenti par les SIAE l’illustrent parfaitement : pour pouvoir accompagner vers l’emploi, encore faut-il qu’il y ait de l’emploi. Les trois réseaux se sont donc mobilisés pour soutenir une économie créatrice d’emploi : l’économie sociale et solidaire (ESS).
De 1998 à 2009, l’emploi dans le secteur associatif a ainsi augmenté de 30,2 % alors qu’il n’a augmenté que de 14,3 % dans le secteur privé. Les associations ont pu y parvenir car elles ne rémunèrent pas d’actionnaires mais affectent au contraire leur résultat à des investissements productifs et à de la création d’activités, donc d’emplois. Soutenir cette économie nécessite de dégager des moyens financiers importants et adaptés à la nature et au modèle économique des acteurs qui la composent. C’est donc un travail sur la fiscalité des structures non lucratives, sur l’adaptation des outils bancaires de financement de l’investissement et sur l’ouverture de financement d’innovation par subvention qui doit être mené. C’est aussi, avant tout, un travail sur la définition du secteur qui est à réaliser, pour s’assurer que l’ouverture de l’économie sociale et solidaire aux sociétés commerciales ne dilue pas ses valeurs et qu’elle reste bien dirigée vers l’intérêt général et la création d’emplois.


Alexis Goursolas



ImprimerE-mail

S'ABONNER AU MAGAZINE

Abonnez-vous et recevez le nouveau numéro chaque trimestre.

Connectez-vous à votre compte