Inquiétudes quant à la suppression du Conseil national de santé mentale

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a annoncé la semaine dernière la suppression du Conseil national de santé mentale au profit d’un Comité stratégique de psychiatrie et de santé mentale dont la date de création n’est pas encore connue à ce jour.

 

Un Conseil national de santé mentale marqué par la diversité de ses membres

Pour rappel, le Conseil national de santé mentale avait été lancé fin 2016 à la suite de la publication du rapport sur la santé mentale de Michel Laforcade, alors Directeur général de l’Agence régionale de santé en Nouvelle Aquitaine. Ce Conseil national avait pour mission de « faciliter la mise en œuvre de la loi de modernisation de notre système de santé, contribuer à la réflexion sur l’élaboration des projets territoriaux de santé mentale, et veiller à la cohérence et à l’articulation des politiques des différents champs (prévention, sanitaire, social et médico-social) »1.

La Fédération, membre du groupe « santé mentale et grande précarité », y a participé tout au long de l’année 2017. Ces différentes réunions, qui ont réuni des représentants de l’ensemble des secteurs, dont des personnes accompagnées, rendaient enfin palpable le décloisonnement de nos différents champs afin de concourir, ensemble, à la continuité du parcours de la personne, dans une perspective d’accompagnement global.

Ce lieu, inédit par la diversité de ses membres, permettait à la fois à notre Fédération d’exprimer aux administrations centrales présentes (ministère de la santé, du logement, de la justice etc.) les difficultés vécues par les personnes en situation de précarité dans leur accès aux soins psychiques et facilitait la tenue de débats et de réflexions avec les représentants de la psychiatrie et de la médecine générale pour construire et améliorer les partenariats dans les territoires.

Instance de concertation sur la mise en œuvre de la politique de santé mentale en France, il a également été lieu de discussions autour du décret sur les projets territoriaux de santé mentale et sur le fonctionnement actuel des dispositifs d’accès à l’hébergement et aux soins en santé mentale (PASS, EMPPEMPPEquipes mobiles psychiatrie précarité, CMP, structures d’hébergement, accompagnement des personnes étrangères etc.).

Nous nous inquiétons donc de la suppression d’une telle instance, réunissant l’ensemble des acteurs de la santé mentale, reconnus par la dernière loi de modernisation de notre système de santé :

Art. L. 3221-1 : La politique de santé mentale comprend des actions de prévention, de diagnostic, de soins, de réadaptation et de réinsertion sociale. Elle est mise en œuvre par des acteurs diversifiés intervenant dans ces domaines, notamment les établissements de santé autorisés en psychiatrie, des médecins libéraux, des psychologues et l'ensemble des acteurs de la prévention, du logement, de l'hébergement et de l'insertion.

La crainte d’une psychiatrisation de la santé mentale

Il est plus que primordial que l’ensemble des acteurs de la santé mentale continuent à être associés à la mise en œuvre d’une politique ambitieuse dédiée à tou.te.s, dans une perspective d’accompagnement global de la personne. Celui-ci requiert, pour la Fédération des acteurs de la solidarité, à la fois un suivi sanitaire (et psychiatrique, lorsque nécessaire) mais aussi un accompagnement social, un accompagnement vers l’emploi, vers le logement etc. Comme le disait Alain Ehrenberg, Président du Conseil national de santé mentale et sociologue, lors du lancement du CNSM « les problèmes de santé mentale ne sont plus seulement des problèmes spécialisés de psychiatrie et de psychologie clinique, ils relèvent également de problèmes généraux de la vie sociale qu’ils traversent de part en part ».

Les acteurs des champs sociaux, sanitaires et médico-sociaux s’efforcent quotidiennement de mieux travailler ensemble, enjeu primordial tant « le modèle de continuité de l’intervention socio-sanitaire est la clé du succès ». Exclure les personnes accompagnées, le champ social et médico-social de la définition même des politiques publiques de santé mentale reviendrait à aller à l’encontre des partenariats qui se nouent quotidiennement sur le terrain et de l’extrême nécessité d’accompagner globalement la personne, dans une perspective d’amélioration de son bien-être.

[1] Lettre de mission du 3 novembre 2016 relative au CNSM, adressée par Marisol Touraine, Ministre de la santé et des affaires sociales au Professeur Alain Ehrenberg

 

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