Places d'hébergement : tensions sur les territoires avant la sortie de l'hiver

Ce mardi 7 mars, face à la perspective de la fermeture de 300 places d’hébergement hivernal dans le département du Haut-Rhin (68), les salariés du 115 ont choisi d’exercer leur droit de retrait.

L’équipe du 115 déjà épuisée par l’accroissement de l’activité de ces derniers mois - sans moyens supplémentaires - et l’absence de solution d’hébergement à proposer chaque soir à près de 50 personnes contraintes de rester à la rue faute de place disponible, s’inquiète de voir fermer plusieurs centaines de places sans orientation adaptée pour les femmes, les hommes et les enfants qui les occupent actuellement.

Le Haut-Rhin n’est pas un cas isolé. La colère, la lassitude et l’exaspération des services de l’urgence sociale se sont exprimées tout au long de la période hivernale : le 115 de l’Isère a appelé au boycott du lancement d’une nouvelle campagne hivernale le 8 novembre 2016, le Samu social de Lyon était en grève le 19 janvier 2017, etc. A chaque fois, des constats similaires : l’absurdité d’une gestion saisonnière de l’hébergement qui privilégie la mise à l’abri plutôt qu’une adaptation quantitative et qualitative continue de l’offre en fonction des besoins, la mise à mal du principe d’inconditionnalité de l’accueil et de continuité, et le manque de moyens adaptés pour répondre aux personnes qui sollicitent le dispositif d’accueil et d’hébergement.

A trois semaines de la fin de la période hivernale et après la fermeture au début de février de plusieurs centaines de places dites exceptionnelles (gymnases, casernes etc.) marquée par des remises à la rue (150 personnes remises à la rue dans le Rhône, 120 dans la métropole lilloise, 95 en Seine-Saint-Denis, 88 en Gironde etc.), quel devenir pour les milliers de personnes encore hébergées sur les places hivernales ? Les acteurs de l’urgence sociale n’ont toujours pas de visibilité sur la pérennisation des places et dans la plupart des territoires la préparation de la sortie de l’hiver n’a pas encore été engagée.

Au début du mois, la Fédération des acteurs de la solidarité (anciennement FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité) a lancé une alerte face à la réduction des capacités d’hébergement. Elle réitère aujourd’hui son appel auprès de l’État et des collectivités locales et demande :

  • la publication d’une circulaire ministérielle sur la sortie de l’hiver avec des consignes claires qui respectent à la fois le droit et la dignité des personnes, et l’éthique professionnelle des intervenants sociaux ;

  • la mise en œuvre immédiate sur chaque département de comités de gestion visant à préparer la sortie de l’hiver en lien avec les bailleurs sociaux et les collectivités locales ;

  • la pérennisation des places hivernales et l’ouverture de nouvelles capacités d’accueil dignes et pérennes avec un accompagnement adapté dès que nécessaire pour éviter toutes remises à la rue ;

  • la réalisation par des professionnels d’une évaluation sociale, médicale et psychique de chaque personne hébergée dans le dispositif hivernal ;

  • l’inscription des enseignements de la période hivernale dans un cadre permanent d’adaptation aux besoins en intégrant les besoins identifiés aux futurs diagnostics à 360° ;

  • l’effectivité du droit à l'accueil inconditionnel des personnes en situation de détresse sociale, médicale ou psychique, quelle que soit leur situation administrative, la composition familiale, les ressources ou encore l’état de santé des personnes, conformément aux annonces de la ministre Emmanuelle Cosse lors de son discours de clôture durant notre Congrès des 12 et 13 janvier 2017.

Face à la multiplication des pressions et des instructions des services déconcentrés de l’État visant exclure des catégories de publics du dispositif d’hébergement, la Fédération des acteurs de la solidarité, l’UNIOPSS, l’ANAS et le CNPA ont interpellé la ministre du Logement et de l’Habitat durable par courrier le 6 mars dernier pour demander la publication d’une instruction ministérielle rappelant les préfets à la loi afin de pour mettre un terme aux pratiques indignes et discriminatoires de sélection des publics.

Télécharger le CP de la Fédération des acteurs de la solidarité Alsace sur la situation du Haut-Rhin...

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