Interview de Vanessa Chambon, assistante sociale "Nos difficultés sont directement liées à la baisse des moyens accordés à notre structure"

Dans cette interview, Vanessa Chambon, assistante sociale pour l'Association Accueil de Jour à Marseille revient sur la baisse des financements de sa structure, son impact sur les travailleurs sociaux et les personnes mais aussi l'importance de rester mobilisés, malgré tout.

Vous travaillez dans un accueil de jour à Marseille, pourriez-vous nous dire quelles sont vos missions ? 

Je suis assistante sociale dans une équipe mobile de l’association Accueil De Jour à Marseille. L’association a deux antennes : l’une est ouverte 6 jours sur 7, l’autre 5 jours sur 7.

Notre mission est de prendre le relai des accueils de nuit, nous ouvrons donc à 7h30 le matin. Nous accueillons principalement des majeurs isolés, qu’ils soient sans abri ou qu’ils vivent en habitat précaire. Ces dernières années, et même si ce n’est pas inscrit dans les statuts de l’association, nous avons accueilli de plus en plus de familles mais aussi des mineurs… Devant un tel afflux, il a fallu sortir du cadre de nos missions premières et s’adapter à la réalité du terrain.

Sur l’année 2017, l’Accueil De Jour représente : 18 000 douches, 1 200 personnes domiciliées, 6 500 personnes accueillies à l’année, 300 personnes par jour en moyenne, pour 39 salariés.

L’équipe salariée est notamment constituée de 2 infirmières qui coordonnent le parcours de soin des personnes, de 2 travailleurs sociaux qui proposent un accompagnement de la rue au logement ainsi que de l’équipe mobile composée de 5 travailleurs sociaux. Cette dernière va vers ceux qui ne demandent rien, les « grands marginaux » ayant un long parcours de rue avec parfois des handicaps physique, des maladies psychiques…

La question de l’aller vers est prépondérante dans l’accompagnement social proposé. Heureusement, nous sommes préservés du chiffre, de la « rentabilité ». Cette disponibilité est primordiale, elle contribue à créer une vraie relation de confiance avec les personnes à la rue et à restaurer une forme de dignité. Cette disponibilité permet par exemple à des personnes d’accéder à des démarches de soins ou de faire des démarches administratives qu’elles ne faisaient plus depuis des années.                                                                               

Nous savons que la situation dans les Bouches-du-Rhône est particulièrement tendue, notamment à Marseille. Pourriez-vous nous expliquer les difficultés auxquelles vous devez faire face ?

Nos difficultés sont directement liées à la baisse des moyens accordés à notre structure... Dans le même temps, nous constatons une augmentation des sollicitations auxquelles nous ne pouvons répondre, ce qui nous oblige à réduire nos critères d’accompagnement. Cette baisse des dotations embolise tous les services sociaux, qu’ils soient publics ou privés. Le 115 est de plus en plus compliqué à joindre, nous avons des difficultés à orienter pour faire des demandes d’hébergement…

Aujourd’hui, l’inconditionnalité et la continuité de l’accueil, principes inscrits dans la loi, ne sont plus respectées. En tant qu’assistante sociale, mon travail n’est plus d’ouvrir des droits mais bien de me battre pour défendre des droits.

Dans ce contexte compliqué, avez-vous pu exprimer vos revendications ? Dans quelle mesure celles-ci ont été entendues ?

Pour rappel, en février 2018, notre Direction nous annonce que nous sommes dans une situation particulièrement critique quant à la situation financière de l'Association (baisse considérable et constante des subventions, arrêt des contrats aidés, loyers extrêmement coûteux pour des locaux insalubres) et qu'une réelle menace de cessation d'activité pèse sur les milliers de personnes que nous accueillons chaque année et sur la quarantaine de salariés.

Nous avons réagi en créant dès février un mouvement de salarié, soutenu par un syndicat bien décidé à aller rencontrer nos financeurs que sont l’Etat, la Région, le Département, la Commune et dans une moindre mesure, l’ARSARSAgence Régionale de Santé et la CPAMCPAMCaisses primaires d’assurance maladie. Cette année, nous avons organisé 6 mobilisations qui ont nécessité la fermeture de l’Accueil De Jour et nous ont permis de nous rendre avec des banderoles sous les fenêtres de nos différents financeurs pour demander une aide exceptionnelle de 120 000 euros et une mise à disposition de locaux. Si nos mobilisations servent à entamer un dialogue avec l’administration, elles nous permettent aussi de maintenir une certaine pression.

A ce jour, il nous a été proposé un local situé dans le quartier de la Belle de Mai que nous devons partager avec une autre association.

Ce contexte général demande beaucoup d’énergie pour l’équipe de salariés. Ce manque de financement entraîne une vraie perte de sens de notre travail, nous sommes fatigués de ne plus pouvoir apporter de réponse aux personnes que nous accueillons, mais nous continuerons de lutter ! Notre combat pour pouvoir travailler dans des conditions dignes et accueillir les personnes se poursuit.

 

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